Résilience (part 2)

Un jour, alors qu’elle était concentrée sur l’ourlet d’un pantalon, un symbole lui revint en tête. Et si ce qui manquait c’était un tiret, un simple tiret identique aux points qui s’enchaînaient régulièrement sous ses yeux ! Elle ne l’avait pas lu dans les commandes listées par sa mère, mais il était présent dans nombre de documents techniques dénichés lors de ses diverses fouilles.

La journée lui parut interminable, il était impossible de se concentrer sur les reprises de sa pile de vêtements alors que de nouvelles perspectives étaient si proches. Mais la milice l’empêchait de partir, deux gardes surveillaient constamment l’atelier, autant pour vérifier leur travail que pour faire respecter le silence. Aussi, Aglaë cacha son impatience jusqu’au son libérateur de la cloche puis subit sans broncher le contrôle exigeant de son dernier ouvrage avant de rejoindre la file des ouvrières autorisées à sortir.

Dès qu’elle fut hors de vue, elle entama une course effrénée jusqu’à la vieille ville. Le rez-de-chaussée étant constamment inondé, elle avait fabriqué une échelle rudimentaire afin d’entrer par le premier étage à moitié effondré. Le ciel s’obscurcissait mais elle connaissait parfaitement le chemin pour atteindre l’empilement de caisses qui donnait accès au bureau de sa mère. Afin de ne rien laisser au hasard, elle monta sur le toit vérifier le pointage de la parabole, puis palpa minutieusement le câble sur toute sa longueur avant de le raccorder à l’ordinateur. Aglaë prit bien soin de calfeutrer la fenêtre derrière elle, car même si plus personne ne se rendait dans ces lieux prohibés, elle ne pouvait prendre le risque de se faire repérer par la milice. La dernière étape consistait à brancher le poste sur l’ancienne batterie récupérée chez elle, en espérant pouvoir tenir une heure ou deux.

La longue commande de connexion accompagnée des tirets précédant chaque option était prête, mais Aglaë hésitait à valider. Ce n’était pas la première idée qui s’imposait à elle, mais aucune n’avait fonctionné et à chaque fois elle se retrouvait submergée de tristesse. Elle se conditionna à subir un nouvel échec avant de lancer l’exécution.

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