Résilience (part 1)

Aglaë remontait lentement chez elle dépitée. Encore une fois, toutes ses tentatives de connexion s’étaient soldées par des échecs. Même Yanis, le seul sur l’île de Corfou avec qui elle pouvait partager ses rêves d’ailleurs, s’était lassé de ces constantes déceptions. Cela faisait des semaines qu’il n’était pas venu à l’université, préférant certainement les animations organisées par la milice. Ces activités n’intéressaient plus Aglaë. Depuis qu’elle avait trouvé le carnet de sa mère, elle était obnubilée par la perspective de communiquer avec le monde extérieur. Elle s’était toujours sentie frustrée par cette vie en autarcie où le futur semblait tracé sans que personne n’envisage le moindre changement. Même si elle comprenait que le continent était tellement dévasté qu’il était désormais interdit, que les tentatives de rétablissement des communications avaient toutes échoué et qu’elle devait s’estimer heureuse d’être née sur un bout de terre relativement épargné, elle ne pouvait s’y résigner.

Avec son affectation à l’atelier quelques mois plus tôt, Aglaë rapportait maintenant sa part dans les besoins de la maison. Elle avait ainsi pu imposer à sa tante Délia, qui chapeautait son temps libre, de décider elle-même de ses occupations. Ses premières heures de liberté, elle les avait passées dans les bureaux de ses parents dont elle n’avait aucun souvenir, si ce n’est la tristesse de Délia à leur évocation. Plus personne ne se rendait dans la vieille ville en partie inondée mais ni la montée des eaux, ni le délabrement des bâtiments n’avaient refroidi Aglaë. Elle avait trouvé d’incroyables carnets de voyages remplis de notes et de croquis, précisément exécutés par son père, qu’elle pouvait contempler indéfiniment. Mais le plus important à ses yeux était le cahier de travail de sa mère qui mentionnait l’existence de satellites de communication. Aglaë avait passé des soirées entières en compagnie de Yanis, à décrypter l’écriture à peine visible sur les pages abimées, à rassembler tout le matériel nécessaire puis à tester un nombre incalculable de commandes. Et même si chaque jour elle rentrait déçue, tous les matins une pointe d’espoir l’incitait à poursuivre ses investigations.

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