Les abus affectifs

Quand un philosophe s’associe à un psychiatre pour parler d’un sujet aussi délicat que celui des abus affectifs, cela donne un livre empreint de sagesse, de réflexion et d’objectivité. Jusqu’à quel point l’inconscient garde-t-il les traces de ce qui a pu être ressenti comme un abus et en quoi ces schémas impactent-ils nos relations en tant qu’adulte? Les auteurs décortiquent les mécanismes de l’abus afin d’amener à sortir d’un cercle répétitif et nocif, basé sur des ressentis d’enfants que l’on entretient soi-même.

Dès l’introduction, le couperet tombe : personne n’a échappé aux abus affectifs qui sont des ingrédients de la vie humaine. La raison en est donnée plus loin car l’abus est la rencontre entre l’organisation psychoaffective de l’abuseur et celle de l’abusé, ainsi de petits abus peuvent provoquer de grands effets et inversement.

Depuis la naissance de mes enfants, je me questionne constamment sur la meilleure façon de les accompagner dans leur évolution et comme la plupart des parents, je souhaite qu’adulte, ils soient heureux. Pourtant, on ne peut éviter des écueils et cela est expliqué par la vulnérabilité psychique de l’enfant. Un enfant ressent bien plus de choses que ce que nous pensons, alors lorsqu’il est témoin d’une souffrance qu’il ne comprend pas, il se sent coupable des difficultés de ses proches, il s’engage dans une mission de sauvetage ou dans la voie de réalisation de ses parents. Tout le défi d’un parent est d’identifier la limite entre l’influence qui respecte l’identité et celle qui l’altère ou la forge complètement, autrement dit, accepter l’enfant tel qu’il est tout en l’accompagnant dans une direction qui respecte les valeurs de la vie en société.

Malheureusement, la plupart des parents n’ont pas conscience de ce qui se joue dans l’éducation. Certains utilisent leurs enfants pour réparer les dégâts causés chez eux, d’autres profitent du pouvoir de dominer une personne qui leur porte par défaut un amour inconditionnel ou expriment leur mauvaise humeur comme une façon de soulager le poids de leur propre souffrance. Ces comportements ont des conséquences pour l’enfant qui pourront se répercuter tout au long de sa vie avec de plus en plus de dommages.

L’espoir est porté par la prise de conscience des abus affectifs qui nous ont modelé et pousse inévitablement au changement. Dit comme cela, on se figure que les choses sont faciles, mais les auteurs décryptent toutes les barrières psychiques qui s’opposent à cette libération. « Il s’agit de sortir d’ornières profondes, de s’opposer à ce que jusqu’alors on cautionnait. Le rejet d’un système dont on fait partie exige une prodigieuse énergie.» « La prise de conscience fabrique parfois du désespoir et la fatigue anticipée d’avoir à tout rebâtir. »

Outre la résistance au changement, il faudra s’opposer aux abuseurs qui nous entourent et cela commence par se moquer de ce qu’ils pourront penser de nous. Il faudra parvenir à « se libérer de la représentation de l’enfant conçu par nos parents, comme de l’enfant que nous jouons à être pour l’autre. Puis donner à l’adulte gardien de cette enfance la vie devant soi pour se déployer sans peur ni regret, sans cynisme ni orgueil. »

Le changement fait peur, parce qu’il implique le fait d’abandonner ce qui est connu, de quitter sa zone de confort, de détruire des liens et pourtant « changer signifie moins se renier que se choisir. » Car l’objectif est noble, se choisir dans toute notre humanité, avec nos erreurs, nos failles, nos doutes, nos imperfections, c’est aussi accepter les autres avec leurs propres travers et s’ouvrir à la diversité du monde.

« S’engager dans un processus infini de libération devient dès lors une conquête. »

Et si pour être un meilleur parent il est nécessaire de repasser par les abus de sa propre enfance, l’enjeu en vaut le challenge.

Cette lecture amène à la réflexion, à l’introspection qui toutes les deux me semblent essentielles pour vivre en adéquation avec ses valeurs et choisir librement l’orientation de son parcours. Ce qui m’avait convaincue d’emprunter ce chemin de retour en arrière pour mieux vivre au présent, c’était cette vidéo de Cyrinne Ben Mamou : vous devez absolument vous occuper de vos blessures d’enfance !

J’aurais aimé avoir ces connaissances avant de devenir mère mais j’espère qu’il n’est jamais trop tard pour assumer ses erreurs et s’améliorer.

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